31.07.2008

Un métier comme un autre

Rien ne me prédisposait à ce métier. Je n'y avais jamais songé. Pour moi comme ceux qui me précédaient, rien n’avait laissé paraître concernant mes aptitudes à ce boulot là. Tout a changé le vendredi 23 mais 2003. Ce matin, à mon réveil, rien n'avait visiblement changé mais tout était différent.


Je vivais seul dans un appartement du centre ville de Seattle, j'exerçais le métier de contremaître architecte avec mon meilleur ami. Notre petite société tournait bien, je vivais confortablement. Depuis quelques jours nous travaillions sur un chantier relativement complexe. Un avocat qui possédait une propriété privée nous avait mandaté pour la construction d'un garage surmonté d'un petit appartement. La complexité dans ce chantier était qu'il avait ordonné qu'il n'y ait que deux ouvriers. Mon meilleur ami et moi. Les caprices des riches sont faits pour être assouvis... Il payait très bien et nous nous y sommes attelés. Sa famille et lui même avaient quittés la propriété durant les transformations, car il désirait profité de cette occasion pour refaire le système de surveillance défectueux quelques jours plus tard.


Ce matin là donc, je pris mon petit-déjeuner à 8h00, partis de chez moi à 8h30 et tuais mon meilleur ami à 10h04. Franck avait laissé sa ceinture et ses outils dans sa voiture et m'a demandé de lui prêter mon tournevis. Je me tournais vers lui et le lui tendis. Et sans raison je le lui enfonçais dans l'oeil droit. Son visage se contracta atrocement sous l'effet de la douleur. Sa bouche s'ouvrit pour hurler. Je lui plantais le tournevis plus profondément dans l'orbite et le laissais s'écrouler au sol. Il n'y eut aucun bruit, pas même un murmure. Juste le son de sa chute. Tout s'était passé en quelques secondes. Je jetais un regard à ma montre, retenant l'heure machinalement, m'assis sur ma caisse à outil et allumais une cigarette. Je partis chercher la boite à outils de mon ami et la remontais. J'observais les alentours, vérifiais que personne n'avait pu nous voir et appelais les secours. Je feignis la confusion et la panique, expliquant que je venais de découvrir le corps de mon meilleur ami gisant au sol et ensanglanté.

La police intervint rapidement. Je leur expliquais que Franck m'avait emprunté mon tournevis, ayant oublié ses affaires dans sa voiture. Que j'étais allé les chercher et qu'à mon retours... Je l'avais trouvé tel quel. Je me découvris des talents de comédiens insoupçonnés. Je savais quelle attitude adoptée instinctivement, j'étais parfaitement convaincant. La police émit l'hypothèse d'un crime crapuleux, un voleur sachant que la maison était vide aurait voulu la cambrioler mais mon ami serait intervenu, provoquant sa mort. Je confirmais que Franck avait toujours été un peu héros dans l'âme. C'était d'une telle facilité!


Je rentrais chez moi, pris une douche et attendis. Le contrecoup, le remord la honte.. Mais rien ne vint. Je ne ressentais aucune culpabilité et aucun chagrin. Rien. Pas le moindre sentiment ni négatif ni positif. Au fil des jours puis des semaines, j'attendis vaguement que la police vienne m'arrêter. Elle me contacta pour m'annoncer que le dossier avait été classé. Nulles preuves et aucuns témoignages ne pouvant les aiguiller sur la piste du meurtrier. Je touchais l'assurance-vie que m'avait laissé Franck et je n'eus pas à feindre la surprise, j'ignorais totalement l'existence d'un tel document. J'avais réussi le crime parfait et contrairement à ce que disait l'adage, le crime payait.


Six semaines plus tard, je tuais à nouveau. Une femme cette fois. Je la croisais régulièrement à la laverie automatique. Une femme d'une quarantaine d'années, qui faisait un numéro de drague proprement obscène à chaque mâle qu'elle rencontrait à la laverie. Ce soir là, nous étions seuls peu avant minuit, je subtilisais une de ses ceintures discrètement, ramassais mon linge et sortis sur le parking. Elle m'y rejoignit presque aussitôt me demandant si je pouvais la raccompagner chez elle à pieds, elle habitait juste à côté, inquiète qu'elle était du taux de criminalité dans cette partie de la ville. Elle était si peu subtile dans sa pathétique tentative de drague qu'elle me fit sourire... Je posais mon linge dans la voiture et l'accompagnais donc en direction du parc. Nous avions fait quelques centaines de mètres, devisant sur la beauté de cette nuit étoilée quand je la poussais brusquement dans un recoin éloigné du chemin. Elle n'hurla pas, ne se débattit pas, persuadée que sa technique de drague minable payait enfin. Elle ne vit pas tout de suite la ceinture, ne prit pas garde immédiatement à mes gants. Mais lorsque je lui passais la ceinture autour du cou et que je la serrais sur sa gorge elle tenta de crier. Je posais une main sur sa bouche, tirais sur la ceinture de l'autre tendis que j'appuyais sur son corps de tout mon poids pour l'empêcher de bouger. Ses yeux se remplirent de larmes et de sang, ses mains s'agrippèrent à la ceinture, tentant vainement de l'éloigner de son cou. Ses jambes fouettaient l'air mais elle ne parvint pas à m'échapper. Au bout de quelques minutes son agonie prit fin. Je la déshabillais entièrement, lui mit les sous-vêtements sexy qu'elle étalait ostensiblement à la laverie quand un homme était dans les parages. Puis à l'aide d'un objet que je n'identifiais pas immédiatement, je la "violais". Pas par plaisir pervers, non. Uniquement pour orienter la police vers un crime sexuel.


Je nettoyais rapidement l'endroit, effaçais toutes preuves de ma présence en ces lieux puis rentrais chez moi. On ne découvrit son corps que 6 jours plus tard, corps partiellement dévoré par de petits carnivores. Si il y avait encore eu des traces de ma présence, la nature les avait détruites. La police m'interrogea une nouvelle fois, sachant par les autres utilisateurs de la laverie que je m'y rendais régulièrement. Je feignis à nouveau la surprise et la tristesse et même la culpabilité. Expliquant qu'effectivement je la voyais souvent à la laverie et que ce soir là, elle m'avait demandé de la raccompagné, mais que je l'avais rapidement quittée, ayant compris ce qu'elle voulait de moi et qu'à l'heure actuelle je ne me sentais pas la force d'entamer une relation quelle qu'elle soit, suite à la dépression causée par le meurtre non élucidé de mon meilleur ami.


La police m'assura de son soutien et nous en restâmes là. Mais arrivé chez moi j'eus une drôle de surprise... Un homme m’attendait. Il représentait les membres d'une famille d'origine italienne, sicilienne pour être exact. Mon premier meurtre avait été entièrement observé par un de ses collègues, mandaté pour la surveillance de la maison de leur avocat. Ils avaient ensuite observé mes moindres faits et gestes, mon sang-froid remarquable et la décontraction avec laquelle je répondais à la police. Mon deuxième meurtre avait également été observé. Et j'avais remarquablement impressionné le service sécurité et nettoyage de cette famille. On me proposa d'allier mon aisance naturelle à leurs besoins, moyennant un salaire plus que raisonnable. Quitte à devoir tuer, autant que cela serve à quelqu'un.


Je suis un tueur à gage, je fais mon boulot avec précision. Je suis méthodique, fiable, bref l'homme idéal pour ce genre de métier. On prend goût au sang, on prend goût au spectaculaire, du moins à nos débuts. Les autres tueurs que j'ai rencontrés se sont tous laissés avoir un moment donné ou un autre par l'envie d'être reconnu et célèbre. Ils se sont tous fait attrapé. Je ne suis pas de ceux là. Ce n'est qu'un boulot, je fais ce qu'on me dit, je ne pose pas de question. Je tue avec créativité mais sans fioritures. Je suis un fonctionnaire du crime. Et j'aime ça. Mon unique particularité c'est que je raconte ma vie à ma victime. J'estime que c'est la moindre des choses que de savoir qui vous tue. Mon nom est Henry Jackson. Et vous allez mourir.

Commentaires

Raaaaaa, j'adooore la fin :))

Ecrit par : Stéphanie | 01.08.2008

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