05.07.2009

Fille du vent, soeur des tempêtes

Comme je suis chez ma soeur, je profite de son pc et de sa connection... et comme je ne peux pas dormir... vala ce que ça donne...

Des années durant on l'avait crainte, méprisée, humiliée, elle, la fille différente, elle dont les yeux avait la couleur des nuages et qui pourtant pouvait voir. Elle dont la peau était si blanche qu'elle irradiait au soleil. Elle, la sans-nom, la sans famille. Elle n'était que tolérée dans le royaume. Une ancienne loi l'avait protégée quand on l'avait découverte, bébé vagissant, au sommet de la montagne sacrée. Ce jour là était jour de procession, on venait déposer des offrandes aux dieux sur le lieu qui avait été leur dernière demeure terrestre. Quand le Grand Prêtre s'était approché de l'autel, il s'était arrêté net. Un bébé, nu, faible, proche de la mort. Tous avaient compris, ce bébé là avait été abandonné par ses parents. Trop différent. Un enfant comme ça n'aurait apporté que des ennuis à sa famille, cet enfant là portait sur lui les pêchés de ses parents. Il y aurait eu des questions, trop de questions et l'opprobe serait tombée sur la famille, accompagnée de la honte car, et c'était certain, un bébé si blanc, si pâle, si étrange, était le signe d'un grave manquement aux règles et aux lois imposées par les dieux. Mieux valait s'en débarrasser. Mais on ne pouvait simplement la tuer. Car ce que les dieux ont fait seuls eux peuvent le défaire et tenter d'y remédier ne ferait qu'empirer leur châtiment. Alors on l'avait recueillie et nourrie. Puis lorsqu'elle eut atteint sa 7éme année on lui montra où trouver les racines et les herbes qui la nourriraient et la cabane qui deviendrait sa maison. Seule elle avait été, seule elle resterait, bien que jeune elle avait compris depuis longtemps qu'elle n'avait rien à attendre de ces gens.

Elle avait appris, seule, à faire du feu et à chasser. Elle était restée. Comment aurait-elle pu savoir qu'il y avait un monde au delà des montagnes, un monde au delà de la mer ? Personne ne lui avait dit qu'il existait d'autres endroits que ce petit royaume, d'autres gens n'ayant pas les mêmes lois. Elle était restée. Les années s'étaient écoulées, elle avait grandi, était devenue femme. Certains regards avaient changé, certaines voix s'étaient élevées. Mais très vite elles furent réduites au silence. Si les dieux l'avaient faite aussi belle c 'était pour punir deux fois plus ses parents. Dans un royaume où la beauté était prisée, cette beauté là montrait ce qui aurait pu être et ne serait jamais à cause de leurs pêchés. On la surnommait "la deux fois maudite", les plus noble la "deux fois sacrifiée". Car pour beaucoup son sort était injuste. Aurait-elle été laide les choses auraient été différentes. Mais elle était belle. Ses grands yeux aux iris blanches surmontaient le plus beau nez du monde. ses lèvres pleines et sensuelles, à peine rosées, semblaient une invitation aux baisers. Son corps, si parfait, souple et ferme donnait à beaucoup des rêves agités. Mais on ne pouvait la toucher, qui sait ce qui serait arrivé. On ne brave pas les dieux impunément et bien des histoires du passé étaient là pour le souligner.

Puis vint le temps de la sécheresse. La montagne, qui d'habitude emprisonnait les nuages et retenait la pluie, semblait ne plus parvenir à les retenir. Les nuages arrivaient et s'évaporaient. L'eau vint à manquer. Certains prirent l'eau de la mer pour sauver les champs. Ils ne firent que brûler plus vite que les autres. Les ruisseaux tarissaient, les puits s'asséchaient, la famine guettait. Alors on se tourna vers le Grand Prêtre, lui savait ce qu'il conviendrait de faire. Les textes étaient clairs à ce sujet. Il fallait un sacrifice, une vie humaine. Alors on chercha qui, de tous, serait le plus à même de remplir cet office. On ne chercha pas longtemps. Elle, la sans nom, la sans famille, la deux fois maudite, serait la trois fois sacrifiée... Une jeune et belle vierge, comme dans les temps anciens, serait la victime idéale qui saurait plaire aux dieux, elle rachèterait la faute de ses parents, sauverait le royaume, justifierait enfin son existence. Rapidement pour tous ce fut clair. Voilà pourquoi elle avait été faite si belle, si différente. Rendre aux dieux leur plus belle création, c'était l'évidence. Ainsi il fut décidé qu'au jour de la procession, vingt années après avoir donnée par les dieux elle leur serait rendue.

Ce matin là on vint la chercher, on lui offrit de boire les dernières gouttes d'eau du puit royal, on lui tendit la dernière grappe de raisin du royaume. On lui donna un magnifiquement vêtement blanc, brodé d'argent. Elle avait l'air d 'une reine d'albâtre. Elle ne se débattit pas, ne fit pas un geste pour s'en aller. Elle savait, elle avait compris. Elle n'avait jamais pu vivre, elle pouvait bien mourir. On l'escorta par des chants et des louanges jusqu'au sommet de la montagne sacrée. Tous étaient joyeux, euphorique, c'était jour de fête: enfin la famine et la soif partiraient du royaume. Le Grand Prêtre prépara la lame du sacrifice, lame d'argent et d'or, seul son second vit que ses mains tremblaient. Il fit signe à l'un des gardes et ce dernier porta la jeune fille pour la coucher sur l'autel. Elle ne bougea pas. Le roi tressaillit pourtant en la voyant si pâle, si blanche, si belle, sur la dure pierre noire de l'autel. Il revit l'espace d'un instant le bébé qu'ils avaient trouvé à ce même endroit. Mais les dieux avaient été clairs, ici tout avait débuté, ici tout serait terminé. Lorsque le Grand Prêtre s'approcha d'elle, la foule fremit, le calme se fit. Les yeux braqués sur la sans nom, ils retenaient tous leur souffle dans l'attente de l'évènement. Au moment où le Grand Prêtre prit son poignard, le vent se mit à souffler, un vent qui n'avait rien de caressant, un vent mordant, dur, presque vivant. Puis vint le nuage, noir, menaçant, fait de colère et de tourment. Croyant y voir un signe d'assentiment il leva sa lame des deux mains et c'est là que l'éclair intervint. Foudroyé net, le Grand Prêtre s'affaissa. La foule, muette de stupeur, vit alors la sacrifiée se lever, nullement dérangée par le vent. Alors elle s'éleva au dessus de l'autel, ses longs cheveux flottant autour de son visage. Elle écarta les bras et pour la première fois les hommes entendirent sa voix.

- Longtemps j'ai cru à vos paroles, longtemps j'ai cru être issue d'un châtiment. Mais aujourd'hui les dieux m 'ont parlé.  Ce qu'il y a vingt ans ils vous ont donné n'était nullement le fruit d'un quelconque pêché. Je suis fille du vent, soeur des tempêtes, cadeau des dieux à des hommes trop bêtes. La pluie vous vouliez, la pluie vous aurez, mais vos yeux ne pourront pas la contempler. Car châtiment ici et maintenant il y aura, et c'est votre vie qu'ici et maintenant on prendra.

De ses mains jaillirent les éclairs de sa soufrance trop longtemps contenue, de ses yeux coulèrent les larmes qui n'avaient jamais été consolées et de sa bouche vint les cris qu'elle n'avait pu exprimer. Lorsqu'enfin le calme revint, il n'y avait plus aucun homme ou femme debout dans le royaume. Certains avaient péri foudroyés, d'autres noyés et les derniers n'avaient pu résister à la violence de ses hurlements. Seuls les enfants avaient été épargnés. La sans nom s'approcha d'eux et leur dit :

- Aucun enfant n'aura à souffrir des erreurs de ses parents, vous n'avez pas à payer le prix de leur mauvais jugement. Ce royaume est votre à présent, faites-en un endroit meilleur qu'il ne fut. Pour moi il est temps de voir le monde, de partir au delà de cet endroit. Mais prenez garde, faites bien attention, le vent me soufflera vos mauvais agissements. Telle l'éclair je serai alors là et ma tempête vous détruira.

Le royaume devint hâvre de paix et elle n'eut jamais à revenir. Loin, ailleurs, elle rencontra un homme que sa beauté enchanta, que son esprit émerveilla. Et de cet homme elle eut un fils, étrange et merveilleux. Quand on lui demandait ce qu'il adviendrait d'un tel enfant, elle répondait invariablement :

- Les étoiles me l'ont chuchoté, cet enfant deviendra fou du roi... Le Fou.

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