05.07.2009
Fille du vent, soeur des tempêtes
Comme je suis chez ma soeur, je profite de son pc et de sa connection... et comme je ne peux pas dormir... vala ce que ça donne...
Des années durant on l'avait crainte, méprisée, humiliée, elle, la fille différente, elle dont les yeux avait la couleur des nuages et qui pourtant pouvait voir. Elle dont la peau était si blanche qu'elle irradiait au soleil. Elle, la sans-nom, la sans famille. Elle n'était que tolérée dans le royaume. Une ancienne loi l'avait protégée quand on l'avait découverte, bébé vagissant, au sommet de la montagne sacrée. Ce jour là était jour de procession, on venait déposer des offrandes aux dieux sur le lieu qui avait été leur dernière demeure terrestre. Quand le Grand Prêtre s'était approché de l'autel, il s'était arrêté net. Un bébé, nu, faible, proche de la mort. Tous avaient compris, ce bébé là avait été abandonné par ses parents. Trop différent. Un enfant comme ça n'aurait apporté que des ennuis à sa famille, cet enfant là portait sur lui les pêchés de ses parents. Il y aurait eu des questions, trop de questions et l'opprobe serait tombée sur la famille, accompagnée de la honte car, et c'était certain, un bébé si blanc, si pâle, si étrange, était le signe d'un grave manquement aux règles et aux lois imposées par les dieux. Mieux valait s'en débarrasser. Mais on ne pouvait simplement la tuer. Car ce que les dieux ont fait seuls eux peuvent le défaire et tenter d'y remédier ne ferait qu'empirer leur châtiment. Alors on l'avait recueillie et nourrie. Puis lorsqu'elle eut atteint sa 7éme année on lui montra où trouver les racines et les herbes qui la nourriraient et la cabane qui deviendrait sa maison. Seule elle avait été, seule elle resterait, bien que jeune elle avait compris depuis longtemps qu'elle n'avait rien à attendre de ces gens.
Elle avait appris, seule, à faire du feu et à chasser. Elle était restée. Comment aurait-elle pu savoir qu'il y avait un monde au delà des montagnes, un monde au delà de la mer ? Personne ne lui avait dit qu'il existait d'autres endroits que ce petit royaume, d'autres gens n'ayant pas les mêmes lois. Elle était restée. Les années s'étaient écoulées, elle avait grandi, était devenue femme. Certains regards avaient changé, certaines voix s'étaient élevées. Mais très vite elles furent réduites au silence. Si les dieux l'avaient faite aussi belle c 'était pour punir deux fois plus ses parents. Dans un royaume où la beauté était prisée, cette beauté là montrait ce qui aurait pu être et ne serait jamais à cause de leurs pêchés. On la surnommait "la deux fois maudite", les plus noble la "deux fois sacrifiée". Car pour beaucoup son sort était injuste. Aurait-elle été laide les choses auraient été différentes. Mais elle était belle. Ses grands yeux aux iris blanches surmontaient le plus beau nez du monde. ses lèvres pleines et sensuelles, à peine rosées, semblaient une invitation aux baisers. Son corps, si parfait, souple et ferme donnait à beaucoup des rêves agités. Mais on ne pouvait la toucher, qui sait ce qui serait arrivé. On ne brave pas les dieux impunément et bien des histoires du passé étaient là pour le souligner.
Puis vint le temps de la sécheresse. La montagne, qui d'habitude emprisonnait les nuages et retenait la pluie, semblait ne plus parvenir à les retenir. Les nuages arrivaient et s'évaporaient. L'eau vint à manquer. Certains prirent l'eau de la mer pour sauver les champs. Ils ne firent que brûler plus vite que les autres. Les ruisseaux tarissaient, les puits s'asséchaient, la famine guettait. Alors on se tourna vers le Grand Prêtre, lui savait ce qu'il conviendrait de faire. Les textes étaient clairs à ce sujet. Il fallait un sacrifice, une vie humaine. Alors on chercha qui, de tous, serait le plus à même de remplir cet office. On ne chercha pas longtemps. Elle, la sans nom, la sans famille, la deux fois maudite, serait la trois fois sacrifiée... Une jeune et belle vierge, comme dans les temps anciens, serait la victime idéale qui saurait plaire aux dieux, elle rachèterait la faute de ses parents, sauverait le royaume, justifierait enfin son existence. Rapidement pour tous ce fut clair. Voilà pourquoi elle avait été faite si belle, si différente. Rendre aux dieux leur plus belle création, c'était l'évidence. Ainsi il fut décidé qu'au jour de la procession, vingt années après avoir donnée par les dieux elle leur serait rendue.
Ce matin là on vint la chercher, on lui offrit de boire les dernières gouttes d'eau du puit royal, on lui tendit la dernière grappe de raisin du royaume. On lui donna un magnifiquement vêtement blanc, brodé d'argent. Elle avait l'air d 'une reine d'albâtre. Elle ne se débattit pas, ne fit pas un geste pour s'en aller. Elle savait, elle avait compris. Elle n'avait jamais pu vivre, elle pouvait bien mourir. On l'escorta par des chants et des louanges jusqu'au sommet de la montagne sacrée. Tous étaient joyeux, euphorique, c'était jour de fête: enfin la famine et la soif partiraient du royaume. Le Grand Prêtre prépara la lame du sacrifice, lame d'argent et d'or, seul son second vit que ses mains tremblaient. Il fit signe à l'un des gardes et ce dernier porta la jeune fille pour la coucher sur l'autel. Elle ne bougea pas. Le roi tressaillit pourtant en la voyant si pâle, si blanche, si belle, sur la dure pierre noire de l'autel. Il revit l'espace d'un instant le bébé qu'ils avaient trouvé à ce même endroit. Mais les dieux avaient été clairs, ici tout avait débuté, ici tout serait terminé. Lorsque le Grand Prêtre s'approcha d'elle, la foule fremit, le calme se fit. Les yeux braqués sur la sans nom, ils retenaient tous leur souffle dans l'attente de l'évènement. Au moment où le Grand Prêtre prit son poignard, le vent se mit à souffler, un vent qui n'avait rien de caressant, un vent mordant, dur, presque vivant. Puis vint le nuage, noir, menaçant, fait de colère et de tourment. Croyant y voir un signe d'assentiment il leva sa lame des deux mains et c'est là que l'éclair intervint. Foudroyé net, le Grand Prêtre s'affaissa. La foule, muette de stupeur, vit alors la sacrifiée se lever, nullement dérangée par le vent. Alors elle s'éleva au dessus de l'autel, ses longs cheveux flottant autour de son visage. Elle écarta les bras et pour la première fois les hommes entendirent sa voix.
- Longtemps j'ai cru à vos paroles, longtemps j'ai cru être issue d'un châtiment. Mais aujourd'hui les dieux m 'ont parlé. Ce qu'il y a vingt ans ils vous ont donné n'était nullement le fruit d'un quelconque pêché. Je suis fille du vent, soeur des tempêtes, cadeau des dieux à des hommes trop bêtes. La pluie vous vouliez, la pluie vous aurez, mais vos yeux ne pourront pas la contempler. Car châtiment ici et maintenant il y aura, et c'est votre vie qu'ici et maintenant on prendra.
De ses mains jaillirent les éclairs de sa soufrance trop longtemps contenue, de ses yeux coulèrent les larmes qui n'avaient jamais été consolées et de sa bouche vint les cris qu'elle n'avait pu exprimer. Lorsqu'enfin le calme revint, il n'y avait plus aucun homme ou femme debout dans le royaume. Certains avaient péri foudroyés, d'autres noyés et les derniers n'avaient pu résister à la violence de ses hurlements. Seuls les enfants avaient été épargnés. La sans nom s'approcha d'eux et leur dit :
- Aucun enfant n'aura à souffrir des erreurs de ses parents, vous n'avez pas à payer le prix de leur mauvais jugement. Ce royaume est votre à présent, faites-en un endroit meilleur qu'il ne fut. Pour moi il est temps de voir le monde, de partir au delà de cet endroit. Mais prenez garde, faites bien attention, le vent me soufflera vos mauvais agissements. Telle l'éclair je serai alors là et ma tempête vous détruira.
Le royaume devint hâvre de paix et elle n'eut jamais à revenir. Loin, ailleurs, elle rencontra un homme que sa beauté enchanta, que son esprit émerveilla. Et de cet homme elle eut un fils, étrange et merveilleux. Quand on lui demandait ce qu'il adviendrait d'un tel enfant, elle répondait invariablement :
- Les étoiles me l'ont chuchoté, cet enfant deviendra fou du roi... Le Fou.
04:41 Publié dans Monde de L'Écriture | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
31.07.2008
Un métier comme un autre
Rien ne me prédisposait à ce métier. Je n'y avais jamais songé. Pour moi comme ceux qui me précédaient, rien n’avait laissé paraître concernant mes aptitudes à ce boulot là. Tout a changé le vendredi 23 mais 2003. Ce matin, à mon réveil, rien n'avait visiblement changé mais tout était différent.
Je vivais seul dans un appartement du centre ville de Seattle, j'exerçais le métier de contremaître architecte avec mon meilleur ami. Notre petite société tournait bien, je vivais confortablement. Depuis quelques jours nous travaillions sur un chantier relativement complexe. Un avocat qui possédait une propriété privée nous avait mandaté pour la construction d'un garage surmonté d'un petit appartement. La complexité dans ce chantier était qu'il avait ordonné qu'il n'y ait que deux ouvriers. Mon meilleur ami et moi. Les caprices des riches sont faits pour être assouvis... Il payait très bien et nous nous y sommes attelés. Sa famille et lui même avaient quittés la propriété durant les transformations, car il désirait profité de cette occasion pour refaire le système de surveillance défectueux quelques jours plus tard.
Ce matin là donc, je pris mon petit-déjeuner à 8h00, partis de chez moi à 8h30 et tuais mon meilleur ami à 10h04. Franck avait laissé sa ceinture et ses outils dans sa voiture et m'a demandé de lui prêter mon tournevis. Je me tournais vers lui et le lui tendis. Et sans raison je le lui enfonçais dans l'oeil droit. Son visage se contracta atrocement sous l'effet de la douleur. Sa bouche s'ouvrit pour hurler. Je lui plantais le tournevis plus profondément dans l'orbite et le laissais s'écrouler au sol. Il n'y eut aucun bruit, pas même un murmure. Juste le son de sa chute. Tout s'était passé en quelques secondes. Je jetais un regard à ma montre, retenant l'heure machinalement, m'assis sur ma caisse à outil et allumais une cigarette. Je partis chercher la boite à outils de mon ami et la remontais. J'observais les alentours, vérifiais que personne n'avait pu nous voir et appelais les secours. Je feignis la confusion et la panique, expliquant que je venais de découvrir le corps de mon meilleur ami gisant au sol et ensanglanté.
La police intervint rapidement. Je leur expliquais que Franck m'avait emprunté mon tournevis, ayant oublié ses affaires dans sa voiture. Que j'étais allé les chercher et qu'à mon retours... Je l'avais trouvé tel quel. Je me découvris des talents de comédiens insoupçonnés. Je savais quelle attitude adoptée instinctivement, j'étais parfaitement convaincant. La police émit l'hypothèse d'un crime crapuleux, un voleur sachant que la maison était vide aurait voulu la cambrioler mais mon ami serait intervenu, provoquant sa mort. Je confirmais que Franck avait toujours été un peu héros dans l'âme. C'était d'une telle facilité!
Je rentrais chez moi, pris une douche et attendis. Le contrecoup, le remord la honte.. Mais rien ne vint. Je ne ressentais aucune culpabilité et aucun chagrin. Rien. Pas le moindre sentiment ni négatif ni positif. Au fil des jours puis des semaines, j'attendis vaguement que la police vienne m'arrêter. Elle me contacta pour m'annoncer que le dossier avait été classé. Nulles preuves et aucuns témoignages ne pouvant les aiguiller sur la piste du meurtrier. Je touchais l'assurance-vie que m'avait laissé Franck et je n'eus pas à feindre la surprise, j'ignorais totalement l'existence d'un tel document. J'avais réussi le crime parfait et contrairement à ce que disait l'adage, le crime payait.
Six semaines plus tard, je tuais à nouveau. Une femme cette fois. Je la croisais régulièrement à la laverie automatique. Une femme d'une quarantaine d'années, qui faisait un numéro de drague proprement obscène à chaque mâle qu'elle rencontrait à la laverie. Ce soir là, nous étions seuls peu avant minuit, je subtilisais une de ses ceintures discrètement, ramassais mon linge et sortis sur le parking. Elle m'y rejoignit presque aussitôt me demandant si je pouvais la raccompagner chez elle à pieds, elle habitait juste à côté, inquiète qu'elle était du taux de criminalité dans cette partie de la ville. Elle était si peu subtile dans sa pathétique tentative de drague qu'elle me fit sourire... Je posais mon linge dans la voiture et l'accompagnais donc en direction du parc. Nous avions fait quelques centaines de mètres, devisant sur la beauté de cette nuit étoilée quand je la poussais brusquement dans un recoin éloigné du chemin. Elle n'hurla pas, ne se débattit pas, persuadée que sa technique de drague minable payait enfin. Elle ne vit pas tout de suite la ceinture, ne prit pas garde immédiatement à mes gants. Mais lorsque je lui passais la ceinture autour du cou et que je la serrais sur sa gorge elle tenta de crier. Je posais une main sur sa bouche, tirais sur la ceinture de l'autre tendis que j'appuyais sur son corps de tout mon poids pour l'empêcher de bouger. Ses yeux se remplirent de larmes et de sang, ses mains s'agrippèrent à la ceinture, tentant vainement de l'éloigner de son cou. Ses jambes fouettaient l'air mais elle ne parvint pas à m'échapper. Au bout de quelques minutes son agonie prit fin. Je la déshabillais entièrement, lui mit les sous-vêtements sexy qu'elle étalait ostensiblement à la laverie quand un homme était dans les parages. Puis à l'aide d'un objet que je n'identifiais pas immédiatement, je la "violais". Pas par plaisir pervers, non. Uniquement pour orienter la police vers un crime sexuel.
Je nettoyais rapidement l'endroit, effaçais toutes preuves de ma présence en ces lieux puis rentrais chez moi. On ne découvrit son corps que 6 jours plus tard, corps partiellement dévoré par de petits carnivores. Si il y avait encore eu des traces de ma présence, la nature les avait détruites. La police m'interrogea une nouvelle fois, sachant par les autres utilisateurs de la laverie que je m'y rendais régulièrement. Je feignis à nouveau la surprise et la tristesse et même la culpabilité. Expliquant qu'effectivement je la voyais souvent à la laverie et que ce soir là, elle m'avait demandé de la raccompagné, mais que je l'avais rapidement quittée, ayant compris ce qu'elle voulait de moi et qu'à l'heure actuelle je ne me sentais pas la force d'entamer une relation quelle qu'elle soit, suite à la dépression causée par le meurtre non élucidé de mon meilleur ami.
La police m'assura de son soutien et nous en restâmes là. Mais arrivé chez moi j'eus une drôle de surprise... Un homme m’attendait. Il représentait les membres d'une famille d'origine italienne, sicilienne pour être exact. Mon premier meurtre avait été entièrement observé par un de ses collègues, mandaté pour la surveillance de la maison de leur avocat. Ils avaient ensuite observé mes moindres faits et gestes, mon sang-froid remarquable et la décontraction avec laquelle je répondais à la police. Mon deuxième meurtre avait également été observé. Et j'avais remarquablement impressionné le service sécurité et nettoyage de cette famille. On me proposa d'allier mon aisance naturelle à leurs besoins, moyennant un salaire plus que raisonnable. Quitte à devoir tuer, autant que cela serve à quelqu'un.
Je suis un tueur à gage, je fais mon boulot avec précision. Je suis méthodique, fiable, bref l'homme idéal pour ce genre de métier. On prend goût au sang, on prend goût au spectaculaire, du moins à nos débuts. Les autres tueurs que j'ai rencontrés se sont tous laissés avoir un moment donné ou un autre par l'envie d'être reconnu et célèbre. Ils se sont tous fait attrapé. Je ne suis pas de ceux là. Ce n'est qu'un boulot, je fais ce qu'on me dit, je ne pose pas de question. Je tue avec créativité mais sans fioritures. Je suis un fonctionnaire du crime. Et j'aime ça. Mon unique particularité c'est que je raconte ma vie à ma victime. J'estime que c'est la moindre des choses que de savoir qui vous tue. Mon nom est Henry Jackson. Et vous allez mourir.
07:53 Publié dans Monde de L'Écriture | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : cyanure, écriture, métier
30.07.2008
Trois Petits Enfants
TROIS PETITS ENFANTS SUR LE PAS D'UNE PORTE
TROIS PETITS ENFANTS VEILLANT UNE MORTE
LEUR SECRET SERA BIEN GARDE
SI VOS LEVRES RESTENT SCELLEES
TROIS PETITS ENFANTS MARCHANT SANS UN BRUIT
TROIS PETITS ENFANTS S'APPROCHANT D'UN LIT
MAIN DANS LA MAIN DANSANT EN SILENCE
SUR UNE MARCHE FUNEBRE DE CIRCONSTANCE
TROIS PETITS ENFANTS LA TETE BAISSEE
TROIS PETITS ENFANTS OFFRANT UN DERNIER BAISER
DEUX TIENNENT CHACUN UNE MAIN GLACEE
LE DERNIER EMBRASSE LES YEUX FERMES
TROIS PETITS ENFANTS VENANT DE L'AU-DELA
TROIS PETITS ENFANTS GARDIENS DE L'ANCIENNE FOI
ILS EMPORTENT LES AMES BENIES
VERS LEUR VERSION DU PARADIS
TROIS PETITS ENFANTS FRAPPANT A MA PORTE
TROIS PETITS ENFANTS ATTENDANT QUE JE SORTE....
07:49 Publié dans Monde de L'Écriture | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : cyanure, écriture, trois petits enfants
29.07.2008
Tes yeux noirs
Cela fait bientôt deux mois que je suis enfermée dans cette prison. Bientôt deux mois que tu m'interroges quand mon état le permet. J'admire ton professionnalisme. Personne ne pourrait deviner que nous sommes liés à la façon dont tu me traites. Un nouvel exemple de ta parfaite maîtrise et du contrôle que tu aimes exercer sur toi et les autres. Je savais que tu menais une vie dont l'ordre est parfaitement établi et ou rien n'est laissé au hasard. Comme tu me l'as souvent répété, je suis le grain de poussière venant perturber joliment ton univers. Un jour tu as cessé de me trouver joliment perturbatrice pour m’estimer terriblement dangereuse.
Quelques jours après notre séparation, je me retrouvais dans les geôles de l’hôtel de ville. J’y suis toujours. J’attends ton verdict. Tu me presses de questions, mais je n’ai rien répondu. Je n’ai pas dit mot malgré la douleur physique ou mentale. Il n’y a pas une de tes affirmations que je n’aie confirmée. Tu demandes à tes assistants de nous laisser seul. Ce qu’ils font avec mauvaise grâce. Ce n’est pas dans les usages de ne laisser qu’une seule personne pour surveiller les prisonnières dans mon genre.
Ton regard me transperce, me juge et me condamne. Je suis la personnification du mal à tes yeux. Tes si beaux yeux qui m’avaient regardé avec amour et tendresse et qui aujourd’hui semblent vouloir me tuer. Tu murmures quelques mots que je ne comprends pas. Tu les répètes en me regardant droit dans les yeux.
- Tu mourras demain sur le bûcher, sorcière
Et tu quittes ma cellule, soulagé d’avoir surmonté cette épreuve. Demain, au coucher du soleil, je mourrai dans les flammes de ton enfer. Je ne peux rien faire pour l’éviter, je savais qu’entre nous les choses ne seraient pas faciles.
Je n’étais pas dangereuse. Je savais juste soigner les gens grâce aux plantes. Je n’avais jamais connu d’hommes, tu fus le premier, toi le prince de la nouvelle religion. J’ai vécu l’Amour avec toi. J’en paie le prix aujourd’hui. J’ai refusé d’arrêter de soigner les gens, c’était ma vocation mais tu ne le comprenais pas. Je t’ai tenu tête. Et puis… les gens ont commencé à parler. Tu passais trop de temps avec la sorcière… Alors il a fallu te justifier. Tu m’as quitté.
Il est l’heure. Tu viens me chercher. On me coupe mes longs cheveux noirs et je vois que tu en ramasses une mèche. J’avance, droite, la tête haute vers le bûcher. Je n’ai rien à me reprocher, si ce n’est de t’avoir aimé. On m’attache au poteau et tu avances avec le flambeau. Tu jettes le flambeau et je pleure, sans un cri. La dernière image que je garderai de ce monde sera le regret dans tes yeux noirs… Trop tard.
07:46 Publié dans Monde de L'Écriture | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : cyanure, écriture, tes yeux noirs
28.07.2008
L'apprenti
Il n'y a pas de mode d'emploi pour les nouveaux morts. Je contemplais mon absence de reflet dans le miroir, je me lamentais sur mon triste sort, rageant de mourir si jeune, de ne pas avoir eu le temps de faire tout ce que je rêvais d'accomplir. Et j'eu le choc de ma vie. Enfin de ma mort. Une voix rauque sortie de nulle part m'apostropha :
- Alors là, on reconnaît bien les mortels, ça repousse tout au lendemain et ensuite ça vient pleurer de pas avoir eu le temps de tout faire.
Je tentais de voir d'où provenait cette vois mais je ne percevais rien. Peu à peu une forme émergea. Une forme que l'on reconnaît tout de suite. La mort. Pardon. La Mort, elle mérite bien une majuscule.
- Salut Samuel. Alors, ça roule?
J'eu une frousse monstrueuse. Je fis même un pipi ectoplasmique de trouille.
- Euh, on se connait?
Gros soupir sous la capuche noir, petit mouvement d'impatience de la faux.
- Bon alors je t'explique. Je vous connais tous, je sait tout de vous, de votre première crotte à votre dernière cuite. JE te connais Samuel, en plus on s'est déjà rencontré quand tu étais gamin. Fais un effort...
ça m'est revenu. La gamelle du siècle. Je devais avoir 8 ans. Un vélo en miette, la tête en sang et la jolie dame aux yeux noirs qui me dit que ça va aller et que c'est pas encore l'heure.
- C'était vous?? La jolie dame??
- Yep gamin, contente de t'avoir plus. J'avais pas la même gueule à l'époque, je fais gaffe avec les mômes, ils sont si impressionnables.
Je fis preuve de mon immense talent de devin.
- Donc je suis mort?!
- Ah ça mon grand c'est pas vraiment un scoop si veux tout savoir.
- Mais euh il se passe quoi maintenant?
- Hé ben tu as le choix. Figure-toi que ça fait quelques siècles que je demande un apprenti au big boss. C?est pas que j'aime pas mon boulot, mais au début je devais gérer nettement moins de monde... Là avec les 9 milliards de mortels, j'arrête plus, je bâcle mon boulot. Et il se trouve que ya pas une heure le grand patron m'a autorisé à former un mortel. Toi.
- Moi?? Mais pourquoi??
- Question de timing. T'es mort au bon moment. Alors ça te tente?
- Ben c'est quoi l'autre option?
- Alors là mon vieux, j'en sais rien. Moi je composte le ticket, je m'occupe pas de la destination. Regarde la chose avec le chef de gare mon pote.
- et heu...
- Pour le trouver t'es obligé de choisir le plan b. Alors?!
- Ok, ok, j'veux bien être votre apprenti, parce que là au moins je sais ce que j'vais faire. ça va durer combien de temps?
- Oh une petite éternité, une éternité et demie, on sait pas trop bien.
Voilà comment je suis devenu apprenti. Je vous raconterais bien la suite mais là c'est vous que je suis venu chercher alors... J'suis désolé hein de vous faire ça devant votre pc, mais dites-vous que ça aurait pu être pire...
07:39 Publié dans Monde de L'Écriture | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : cyanure, écriture, l'apprenti, mort, faucheur
27.07.2008
Abandonnée
Bon alors une petite explication pour ce texte là. Je l'avais écrit en pensant à Judas. Vous savez, l'apôtre par qui le malheur est arrivé. En même temps sans ce mec, Jésus n'aurait pas été Jésus. J'ai beau ne pas être croyante, j'espère que Judas ne s'est pas retrouvé en enfer, parce que quelque part, il a fait ce qu'il fallait pour le Grand Barbu. Enfin bref. J'étais partie pour écrire un truc super philosophique et comme d'habitude c'est parti en cacahuète.... uh uh uh
Tout ce sang qui ruisselle le long de mes mains, ce sang qui pourtant n'est pas le mien. Comment, quand, quoi, je ne sais plus rien. Juste que je suis là et que je ne comprends pas. Ô Dieux en quoi vous ai-je trahi? Qu'ai-je fais contre vous pour me retrouver ici? J'ai respecté toutes vos volontés, j'ai agi en votre nom, toujours. Je ne vous ai jamais abandonné, je vous ai toujours vénéré, pourquoi me mettre dans cet endroit, quelle est ma faute? J'ai été de tous les combats, de toutes les guerres. J'ai fait coulé le sang des traitres. Est-ce là le paradis promis? Une pièce vide, sans portes ni fenêtres? Et ce sang, ô Dieux, tout ce sang? D'ou vient-il? je ne comprends pas...
Réfléchir, penser, vite et bien. Mon dernier souvenir avant ici, quel est-il? Où étais-je? La grande Babylone, oui je me souviens... Ces rues surchargées de passants, ces êtres qui vomissent vos noms, qui vous trahissent à chaque instant. Oui... je me souviens... Le nom du plus grand traître, ma mission... Tuer, vite et bien, oui... je me souviens... Je me souviens de sa traque, de mon impatience... De ces instants délicieux dans l'attente... De ces heures passées à le pourchasser, ombre parmis les ombres, fantôme parmis les fantômes... Oui... je me souviens... J'entends encore vos voix, qui m'apaisent et me poussent, vos encouragements à ne pas faiblir... Oh oui... je me souviens... De sa tête lorsqu'il m'a vu entrer dans sa maison, de son horreur quand il a compris ce que j'allais faire... De son sang qui jaillissait, des flots de sang qu'il contenait... Oui. Je me souviens. Le sentiment de bien être face à ma tache accomplie. De la jouissance d'avoir pris cette ignoble vie. Mais après... je ne sais plus... je ne sais rien.
Dieux ne m'abandonnez pas, j'ai besoin de vous, je veux comprendre, Dieux, ne m'abandonnez pas, je n'ai plus que vous, je suis seule au monde...
Oh dieux... Les heures passent et pourtant rien ne change, le sang a séché sur mes mains, et je me souviens... Ce sang... c'est le Sien. Oh Dieux j'ai tué le seul qui pouvait nous libérer!! Vous m'avez trahie, trompée, j'ai tué celui qui allait nous sauver, j'ai tué le messie, votre messie, oh Dieux, pourquoi?? Pourquoi fallait-il cela? Fallait-il m'infliger ce tourment? Tuer votre instrument?
Vous me chuchotez que c'était inévitable, qu'il fallait qu'Il meurt pour qu'ensuite Il revienne... Mon nom sera maudit pour l'éternité par l'acte que vous m'avez poussé à faire... Oh dieux, pourquoi? Pourquoi moi? Simple jouet dans une guerre qui me dépasse, j'ai tout fait pour vous et vous m'abandonnez... J'ai trahi votre messie, je l'ai tué et vous me maudissez, vous m'avez abandonnée...
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26.07.2008
Enfer
Quand pour moi il sera l'heure
De cesser de vivre, d'arrêter mon coeur
Mon âme quittera la terre et s'envolera
Visiter un étrange décor, surprenant endroit
Le pays de mes rêves oubliés
Des espoirs déçus, à jamais brisés
J'y retrouverai toutes mes peines
Mes colères, mes rages et mes haines
J'y verra ce qu'il y a de pire en moi
Le côté obscur de ma foi
Tous mes défauts y seront dénombrés
Et j'ai confiance, aucun ne sera oublié
J'y apprendrai le mal que l'on a pu dire
Dès que je faisais mine de partir
Je saurai les sentiments cachés
je saurai que je n'étais pas aimée
Mais pour cela nul besoin de trépas
Ma vie y ressemble suffisamment déjà
L'enfer c'est les autres, m'a t’on dit
C'est faux, celui-ci je me le suis construit
07:34 Publié dans Monde de L'Écriture | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : cyanure, écriture, poème, enfer
25.07.2008
Abruti de poème
Tu veux que je te dise je t'aime avec mes mots
Ben pour moi tu sens aussi bon qu'un macdo
Et si j'arrive si bien à me noyer dans tes yeux
C'est qu'ils sont magnifiquement globuleux
Si on est si bien ensemble, que t'es ma moitié
C'est que t'as les mains moites ainsi que les pieds
Et si je devais choisir un jour
Entre ma vie et toi mon amour
J'te sacrifierais sans hésiter
Pour pas qu'tu sois seule pour l'éternité
J'm'en fiche que tu aies le sourire édenté d'une volaille
J'm'en fiche qu'en plus de tout le reste tu sentes l'ail
T'es la plus belle chose qui me soit arrivé
Même si t'es la seule faut dire la vérité
Alors viens pas m'dire que j'suis pas romantique
Sinon, t'es prévenue, t'auras à faire à mon cric
Oui bon ben là j’ai des excuses j’avais bu. Ouais. Je sais. C’est mal. Moi qui n'aime pas écrire des poèmes, je dois avouer que pour celui je m'étais bien amusée à l'époque où je l'avais écrit...
07:32 Publié dans Monde de L'Écriture | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : cyanure, abruti de poème
24.07.2008
Cours, Martin, cours
Martin court. Il ne fait que ça depuis plusieurs jours. Il court sans regarder où il va, sans destination précise. Il court. Il jette des regards affolés par-dessus son épaule, essayant de repérer où « Il » est. Sous quel déguisement « Il » va apparaître. Martin a peur. Sa vie et son honneur sont en jeu. Il doit vaincre, s’enfuir, se cacher, tenir le plus longtemps possible. Il court à présent dans un bois. Un bosquet plus qu’un bois. Mais suffisamment dense pour le cacher cette nuit. Il ne sait plus depuis quand il court. Il a perdu la notion du temps. Cela lui paraît si long… Et pourtant, il lui semble qu’il n’y a pas si longtemps, il était chez lui, devant sa télé, une bière à la main. Une existence normale en compagnie de sa fiancée. Puis « Il » est arrivé. Ce simple souvenir le fait trembler d’effroi. Non. Ne pas se rappeler. Dormir, oublier, se reposer. Martin s’endort à moitié, sur le qui-vive, prêt à bondir hors de sa cachette au moindre bruit suspect. Il passe une nuit agitée, sursautant au plus petit grattement de souris, le cœur cognant si fort qu’il le sent sur le point de jaillir hors de sa poitrine. Il part à l’aube pour trouver une fontaine où boire un peu. De petits animaux prennent la fuite en le voyant arriver, il ne fait rien pour les arrêter. Il s’accroupit au bord d’un petit lac et se désaltère. Il en profite pour faire une toilette sommaire. Soudainement, il « l’ » aperçoit de l’autre côté du lac. « Il » ne l’a pas remarqué. Martin décide de ne pas bouger et de se camoufler dans une haie. « Il » s’approche, accompagné d’un de ses sbires.
- Surveille bien le périmètre, il ne peut pas être très loin.
- Bien patron. Et lorsqu’on l’aura retrouvé ?
- Vous me l’amènerez. Il aura droit à un traitement spécial.
- Bien patron.
Martin ruisselle sous l’effet de la peur. Sa sueur salée lui pique les yeux, sa vue se brouille. Le Diable sait qu’il est ici. Jusqu’à maintenant il avait réussi à le tenir éloigné, grâce aux prières et aux rituels, mais le Malin finirait bien par le retrouver. A moins qu’il ne parvienne à le semer. Ses chances sont minces, mais pas inexistantes. Il parviendrait à s’enfuir. Dieu l’aiderait. Il le sait. Il se tasse dans sa cachette et entreprend un rituel d’éloignement. Le Diable s’éloigne, suivi de ses démons. Encore une preuve du don que lui a offert Dieu. Martin se sait différent depuis son plus jeune âge. En fait, c’est sa mère surtout qui le lui a fait comprendre. Le jour de son septième anniversaire, sa mère lui a révélé le grand secret de sa naissance. Il était un petit garçon particulier, il serait un homme exceptionnel. Si exceptionnel que de mauvaises personnes voudraient lui faire du mal. Il avait un grand pouvoir et ce pouvoir ne devait pas tomber entre les mains des méchantes personnes. Et si il n’avait pas de papa comme les autres petits garçons, c’est que son père s’était sacrifié, pour que lui, Martin, survive. Il avait grandit ainsi, partagé entre son univers de petit garçon et son immense pouvoir en devenir.
Ils déménageaient souvent, poursuivi par les êtres mauvais. Il fut un enfant puis un adolescent solitaire. Parfois il rêvait qu’il n’avait pas de pouvoir, que son père fût toujours vivant et lui apprenait à jouer au foot. Que sa maman le laissait jouer avec les autres enfants. En général il s’en voulait terriblement de penser ça. Tout le monde n’avait pas sa chance. Ils avaient fini par s’installer dans une petite ville où il travaillait comme comptable. Sa mère habitait dans un studio contigu au sien et continuait de s’occuper de lui. Il vivait normalement.
Puis sa mère mourut d’une attaque cérébrale. Peu après, le Diable avait commencé à le poursuivre. Les événements étaient flous dans sa mémoire. Il se souvient qu’il avait fait quelque chose de terrible pour s’en sortir, mais il n’arrivait pas à se souvenir quoi.
Martin a faim. Il scrute les alentours et ne voit personne. Il sort de sa cachette et recommence à courir. Il parvient à un grand bâtiment d’où s’échappe une délicieuse odeur. Il s’en approche à pas feutré et s’y introduit. Il découvre une montagne de nourriture. Il se jette dessus, remplis ses poches de pain et de viande. Il mange à n’en plus pouvoir et sort du bâtiment. Où il est réceptionné par le Diable et ses sbires. Il hurle, tente de se dégager, implore Dieu et sa mère de lui venir en aide. Cela ne peut pas se terminer ainsi. Non ! Il supplie qu’on le laisse, puis sombre dans l’inconscience. Un des hommes qui le tient se tourne vers le diable.
- Patron, on l’amène où ?
- Au pavillon. Et je suis docteur, alors cessez de m’appeler patron tout le temps.
- Bien Patron.
Le docteur Jean Beldamo pousse un long soupir et secoue tristement la tête en regardant Martin s’éloigner. Un jeune homme s’approche de lui et regarde également Martin.
- Qui lui est-il arrivé au juste ?
- Oh… c’est une longue histoire. Sa mère était atteinte dans sa santé mentale. Une maladie peu commune que l’on a appelée syndrome de la vierge marie. Elle était complètement folle de son gamin et lui a fait croire qu’il était le nouveau messie.
- Et le père ?
- C’est sordide. Elle l’a tué dans un accès de démence, Crucifié pour être exact. Elle a fait croire à son fils que ce sont les méchants qui ont fait ça à son père, qu’il s’était sacrifié pour lui.
- Wow. Et il a atterrit chez nous comment ?
- Sa mère est morte et lorsqu’il est allé déclarer le décès à l’état civil, ils ont découvert qui elle était. Et lui également. Il n’a pas supporté et a été emmené chez nous pour qu’il se remette. Il a réussi par je ne sais quel miracle à s’enfuir, tuant un gardien au passage. Il s’est réfugié dans l’univers que sa mère avait créé pour lui. Dans cet univers, je suis le diable.
- Et bien… On va avoir du boulot… Je vous laisse docteur, j’ai fini ma journée.
- Au revoir mon petit.
Le docteur s’approche du lac et s’accroupit au bord de l’eau. « Dans son univers, je suis le diable… » Murmure-t-il… « Mais je le suis dans d’autres également » dit-il en laissant apparaître une dentition pour le moins pointue… « Je dirais même que je suis le diable dans tous les univers… Oh Martin, délicieux messie, court encore, court encore pour moi… »
07:29 Publié dans Monde de L'Écriture | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : cyanure, écriture, course, martin
23.07.2008
Courir
Pas le temps, vite courir, me cacher, ne pas mourir, ne pas penser à mourir, courir,vite et loin, courir, sauver ma vie, sauver mon âme, sauver ce qui peut encore l'être mais courir, courir jusqu'à oublier pourquoi je cours, alors peut-être je serai en sécurité. Les ombres sont derrières moi, les nuées ténébreuses, le brouillard noir qui avale tout. Je n'ai pas le temps de m'arrêter, pas le temps d'écouter les cris et les supplications, pas le temps de m'apitoyer, pas le temps d'espérer. Je dois courir, encore et encore... Si je réussis alors ils seront sauvés aussi, mais je ne dois pas m'arrêter, pas encore... Filer plus vite que le vent, mettre le plus de distance possible entre moi et l'horreur, ne pas m'arrêter, ne pas y songer sinon tout sera perdu.
Je me souviens du temps ou marcher était normal, ou courir était pour le plaisir, aujourd'hui je cours pour ma vie, pour leur vie. Pour les gens que j'aime, pour ceux que je déteste, je cours pour le monde et c'est tant pour une seule personne... Le ciel n'ose plus révéler les étoiles mortes à nos yeux, il se voile chaque nuit, le jour le ciel a honte de nous regarder et se pare de nuage... Cela fait tant de temps que je n'ai vu briller la lune ou le soleil... On sait qu'il fait jour parce que l'on distingue un peu mieux les tons de gris qui nous entourent mais il ne fera plus jamais jour... jusqu'au jour ou je pourrai arrêter de courir. Les cris sont de plus en plus terribles de plus en plus désespérés, les pleurs et les râles sont la seule musique que j'entende, il n'y a plus rien d'autre que le malheur... Mais je dois continuer malgré, courir, toujours, courir plus loin, plus fort...
Je me souviens d'avant quand les arbres n'étaient pas morts, quand l'eau n'était pas noire et puante, quand l'air sentait bon et pas le cadavre en putréfaction, je me souviens d'avoir ri et d'avoir aimé, aujourd'hui je ne sais plus ce que cela veut dire, je n'ai que des souvenirs qui s'effacent à mesure que le temps passe. Bientôt je ne me souviendrai plus pourquoi je cours et je m'arrêterai et alors tout sera terminé, il n'y aura plus d'espoir... L'ombre me rattrape jour après jour, nuit après nuit, bientôt je la sentirai me frôler et il ne me restera que la terreur. Il n'y aura plus que la peur... Et je mourrai.....
Non ne pas y penser, ne pas oublier, tenir et courir. Si je parviens à la montagne du Bout du Monde, que les dieux m'entendent je sauverai ce monde, je sauverai les gens, les arbres et les bêtes, si je cours vite et loin on pourra à nouveau espérer pour demain, on pourra à nouveau rire et chanter, regarder le soleil et la lune, sentir la caresse d'un vent iodé... Courir pour les gens que j'aime, pour les gens que je hais, pour les choses bonnes et mauvaises de mon monde parce que c'est ainsi qu'il est mien. Mon souffle se perd, mes jambes se dérobent, mais je dois tenir, continuer quoiqu'il advienne, quoi qu'il se passe, ne pas s'arrêter.... La au lointain, je sais qu'il y a la montagne, je dois courir, je n 'ai pas le temps...
Pas le temps, vite courir, ne pas mourir, ne pas penser à mourir, courir,vite et loin, courir, sauver ma vie, sauver mon âme, sauver ce qui peut encore l'être mais courir, courir jusqu'à oublier pourquoi je cours, alors peut-être je serai en sécurité. Les ombres sont derrières moi, les nuées ténébreuses, le brouillard noir qui avale tout. Je n'ai pas le temps de m'arrêter, pas le temps d'écouter les cris et les supplications, pas le temps de m'apitoyer, pas le temps d'espérer. Je dois courir, encore et encore... Si je réussis alors ils seront sauvés aussi, mais je ne dois pas m'arrêter, pas encore... Filer plus vite que le vent, mettre le plus de distance possible entre moi et l'horreur, ne pas m'arrêter, ne pas y songer sinon tout sera perdu.
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