31.07.2008

Un métier comme un autre

Rien ne me prédisposait à ce métier. Je n'y avais jamais songé. Pour moi comme ceux qui me précédaient, rien n’avait laissé paraître concernant mes aptitudes à ce boulot là. Tout a changé le vendredi 23 mais 2003. Ce matin, à mon réveil, rien n'avait visiblement changé mais tout était différent.


Je vivais seul dans un appartement du centre ville de Seattle, j'exerçais le métier de contremaître architecte avec mon meilleur ami. Notre petite société tournait bien, je vivais confortablement. Depuis quelques jours nous travaillions sur un chantier relativement complexe. Un avocat qui possédait une propriété privée nous avait mandaté pour la construction d'un garage surmonté d'un petit appartement. La complexité dans ce chantier était qu'il avait ordonné qu'il n'y ait que deux ouvriers. Mon meilleur ami et moi. Les caprices des riches sont faits pour être assouvis... Il payait très bien et nous nous y sommes attelés. Sa famille et lui même avaient quittés la propriété durant les transformations, car il désirait profité de cette occasion pour refaire le système de surveillance défectueux quelques jours plus tard.


Ce matin là donc, je pris mon petit-déjeuner à 8h00, partis de chez moi à 8h30 et tuais mon meilleur ami à 10h04. Franck avait laissé sa ceinture et ses outils dans sa voiture et m'a demandé de lui prêter mon tournevis. Je me tournais vers lui et le lui tendis. Et sans raison je le lui enfonçais dans l'oeil droit. Son visage se contracta atrocement sous l'effet de la douleur. Sa bouche s'ouvrit pour hurler. Je lui plantais le tournevis plus profondément dans l'orbite et le laissais s'écrouler au sol. Il n'y eut aucun bruit, pas même un murmure. Juste le son de sa chute. Tout s'était passé en quelques secondes. Je jetais un regard à ma montre, retenant l'heure machinalement, m'assis sur ma caisse à outil et allumais une cigarette. Je partis chercher la boite à outils de mon ami et la remontais. J'observais les alentours, vérifiais que personne n'avait pu nous voir et appelais les secours. Je feignis la confusion et la panique, expliquant que je venais de découvrir le corps de mon meilleur ami gisant au sol et ensanglanté.

La police intervint rapidement. Je leur expliquais que Franck m'avait emprunté mon tournevis, ayant oublié ses affaires dans sa voiture. Que j'étais allé les chercher et qu'à mon retours... Je l'avais trouvé tel quel. Je me découvris des talents de comédiens insoupçonnés. Je savais quelle attitude adoptée instinctivement, j'étais parfaitement convaincant. La police émit l'hypothèse d'un crime crapuleux, un voleur sachant que la maison était vide aurait voulu la cambrioler mais mon ami serait intervenu, provoquant sa mort. Je confirmais que Franck avait toujours été un peu héros dans l'âme. C'était d'une telle facilité!


Je rentrais chez moi, pris une douche et attendis. Le contrecoup, le remord la honte.. Mais rien ne vint. Je ne ressentais aucune culpabilité et aucun chagrin. Rien. Pas le moindre sentiment ni négatif ni positif. Au fil des jours puis des semaines, j'attendis vaguement que la police vienne m'arrêter. Elle me contacta pour m'annoncer que le dossier avait été classé. Nulles preuves et aucuns témoignages ne pouvant les aiguiller sur la piste du meurtrier. Je touchais l'assurance-vie que m'avait laissé Franck et je n'eus pas à feindre la surprise, j'ignorais totalement l'existence d'un tel document. J'avais réussi le crime parfait et contrairement à ce que disait l'adage, le crime payait.


Six semaines plus tard, je tuais à nouveau. Une femme cette fois. Je la croisais régulièrement à la laverie automatique. Une femme d'une quarantaine d'années, qui faisait un numéro de drague proprement obscène à chaque mâle qu'elle rencontrait à la laverie. Ce soir là, nous étions seuls peu avant minuit, je subtilisais une de ses ceintures discrètement, ramassais mon linge et sortis sur le parking. Elle m'y rejoignit presque aussitôt me demandant si je pouvais la raccompagner chez elle à pieds, elle habitait juste à côté, inquiète qu'elle était du taux de criminalité dans cette partie de la ville. Elle était si peu subtile dans sa pathétique tentative de drague qu'elle me fit sourire... Je posais mon linge dans la voiture et l'accompagnais donc en direction du parc. Nous avions fait quelques centaines de mètres, devisant sur la beauté de cette nuit étoilée quand je la poussais brusquement dans un recoin éloigné du chemin. Elle n'hurla pas, ne se débattit pas, persuadée que sa technique de drague minable payait enfin. Elle ne vit pas tout de suite la ceinture, ne prit pas garde immédiatement à mes gants. Mais lorsque je lui passais la ceinture autour du cou et que je la serrais sur sa gorge elle tenta de crier. Je posais une main sur sa bouche, tirais sur la ceinture de l'autre tendis que j'appuyais sur son corps de tout mon poids pour l'empêcher de bouger. Ses yeux se remplirent de larmes et de sang, ses mains s'agrippèrent à la ceinture, tentant vainement de l'éloigner de son cou. Ses jambes fouettaient l'air mais elle ne parvint pas à m'échapper. Au bout de quelques minutes son agonie prit fin. Je la déshabillais entièrement, lui mit les sous-vêtements sexy qu'elle étalait ostensiblement à la laverie quand un homme était dans les parages. Puis à l'aide d'un objet que je n'identifiais pas immédiatement, je la "violais". Pas par plaisir pervers, non. Uniquement pour orienter la police vers un crime sexuel.


Je nettoyais rapidement l'endroit, effaçais toutes preuves de ma présence en ces lieux puis rentrais chez moi. On ne découvrit son corps que 6 jours plus tard, corps partiellement dévoré par de petits carnivores. Si il y avait encore eu des traces de ma présence, la nature les avait détruites. La police m'interrogea une nouvelle fois, sachant par les autres utilisateurs de la laverie que je m'y rendais régulièrement. Je feignis à nouveau la surprise et la tristesse et même la culpabilité. Expliquant qu'effectivement je la voyais souvent à la laverie et que ce soir là, elle m'avait demandé de la raccompagné, mais que je l'avais rapidement quittée, ayant compris ce qu'elle voulait de moi et qu'à l'heure actuelle je ne me sentais pas la force d'entamer une relation quelle qu'elle soit, suite à la dépression causée par le meurtre non élucidé de mon meilleur ami.


La police m'assura de son soutien et nous en restâmes là. Mais arrivé chez moi j'eus une drôle de surprise... Un homme m’attendait. Il représentait les membres d'une famille d'origine italienne, sicilienne pour être exact. Mon premier meurtre avait été entièrement observé par un de ses collègues, mandaté pour la surveillance de la maison de leur avocat. Ils avaient ensuite observé mes moindres faits et gestes, mon sang-froid remarquable et la décontraction avec laquelle je répondais à la police. Mon deuxième meurtre avait également été observé. Et j'avais remarquablement impressionné le service sécurité et nettoyage de cette famille. On me proposa d'allier mon aisance naturelle à leurs besoins, moyennant un salaire plus que raisonnable. Quitte à devoir tuer, autant que cela serve à quelqu'un.


Je suis un tueur à gage, je fais mon boulot avec précision. Je suis méthodique, fiable, bref l'homme idéal pour ce genre de métier. On prend goût au sang, on prend goût au spectaculaire, du moins à nos débuts. Les autres tueurs que j'ai rencontrés se sont tous laissés avoir un moment donné ou un autre par l'envie d'être reconnu et célèbre. Ils se sont tous fait attrapé. Je ne suis pas de ceux là. Ce n'est qu'un boulot, je fais ce qu'on me dit, je ne pose pas de question. Je tue avec créativité mais sans fioritures. Je suis un fonctionnaire du crime. Et j'aime ça. Mon unique particularité c'est que je raconte ma vie à ma victime. J'estime que c'est la moindre des choses que de savoir qui vous tue. Mon nom est Henry Jackson. Et vous allez mourir.

30.07.2008

Trois Petits Enfants




TROIS PETITS ENFANTS SUR LE PAS D'UNE PORTE
TROIS PETITS ENFANTS VEILLANT UNE MORTE

LEUR SECRET SERA BIEN GARDE
SI VOS LEVRES RESTENT SCELLEES

TROIS PETITS ENFANTS MARCHANT SANS UN BRUIT
TROIS PETITS ENFANTS S'APPROCHANT D'UN LIT

MAIN DANS LA MAIN DANSANT EN SILENCE
SUR UNE MARCHE FUNEBRE DE CIRCONSTANCE

TROIS PETITS ENFANTS LA TETE BAISSEE
TROIS PETITS ENFANTS OFFRANT UN DERNIER BAISER

DEUX TIENNENT CHACUN UNE MAIN GLACEE
LE DERNIER EMBRASSE LES YEUX FERMES

TROIS PETITS ENFANTS VENANT DE L'AU-DELA
TROIS PETITS ENFANTS GARDIENS DE L'ANCIENNE FOI

ILS EMPORTENT LES AMES BENIES
VERS LEUR VERSION DU PARADIS

TROIS PETITS ENFANTS FRAPPANT A MA PORTE
TROIS PETITS ENFANTS ATTENDANT QUE JE SORTE....

29.07.2008

Tes yeux noirs


Cela fait bientôt deux mois que je suis enfermée dans cette prison. Bientôt deux mois que tu m'interroges quand mon état le permet. J'admire ton professionnalisme. Personne ne pourrait deviner que nous sommes liés à la façon dont tu me traites. Un nouvel exemple de ta parfaite maîtrise et du contrôle que tu aimes exercer sur toi et les autres. Je savais que tu menais une vie dont l'ordre est parfaitement établi et ou rien n'est laissé au hasard. Comme tu me l'as souvent répété, je suis le grain de poussière venant perturber joliment ton univers. Un jour tu as cessé de me trouver joliment perturbatrice pour m’estimer terriblement dangereuse.

Quelques jours après notre séparation, je me retrouvais dans les geôles de l’hôtel de ville. J’y suis toujours. J’attends ton verdict. Tu me presses de questions, mais je n’ai rien répondu. Je n’ai pas dit mot malgré la douleur physique ou mentale. Il n’y a pas une de tes affirmations que je n’aie confirmée. Tu demandes à tes assistants de nous laisser seul. Ce qu’ils font avec mauvaise grâce. Ce n’est pas dans les usages de ne laisser qu’une seule personne pour surveiller les prisonnières dans mon genre.

Ton regard me transperce, me juge et me condamne. Je suis la personnification du mal à tes yeux. Tes si beaux yeux qui m’avaient regardé avec amour et tendresse et qui aujourd’hui semblent vouloir me tuer. Tu murmures quelques mots que je ne comprends pas. Tu les répètes en me regardant droit dans les yeux.

- Tu mourras demain sur le bûcher, sorcière

Et tu quittes ma cellule, soulagé d’avoir surmonté cette épreuve. Demain, au coucher du soleil, je mourrai dans les flammes de ton enfer. Je ne peux rien faire pour l’éviter, je savais qu’entre nous les choses ne seraient pas faciles.

Je n’étais pas dangereuse. Je savais juste soigner les gens grâce aux plantes. Je n’avais jamais connu d’hommes, tu fus le premier, toi le prince de la nouvelle religion. J’ai vécu l’Amour avec toi. J’en paie le prix aujourd’hui. J’ai refusé d’arrêter de soigner les gens, c’était ma vocation mais tu ne le comprenais pas. Je t’ai tenu tête. Et puis… les gens ont commencé à parler. Tu passais trop de temps avec la sorcière… Alors il a fallu te justifier. Tu m’as quitté.

Il est l’heure. Tu viens me chercher. On me coupe mes longs cheveux noirs et je vois que tu en ramasses une mèche. J’avance, droite, la tête haute vers le bûcher. Je n’ai rien à me reprocher, si ce n’est de t’avoir aimé. On m’attache au poteau et tu avances avec le flambeau. Tu jettes le flambeau et je pleure, sans un cri. La dernière image que je garderai de ce monde sera le regret dans tes yeux noirs… Trop tard.

28.07.2008

L'apprenti

On a beau se dire que de toute façon on n'y coupera pas, n'empêche qu'on est bien surpris quand vient votre tour de mourir. Bon y a des gens qui peuvent s'y préparer, mais la plupart du temps ça ne se passe pas comme ça. Moi j'ai rien vu venir par exemple. J'étais tranquillement en train de... heu... disons qu'une charmante demoiselle s'en remettait au ciel et à tous ses saints par mon intermédiaire quand soudainement... Plus de son, plus d'image. Une seconde avant je jouais à la fière amazone et sa fougueuse monture et une seconde après c'était le néant. Autant vous dire que ça surprend... J'ai eu droit à tout le tralala, trou noir, trou blanc, décorporation. J'étais là, flottant au dessus de mon corps, observant avec un détachement étrange la donzelle se pâmant bruyamment. Par contre j'avoue avoir ri lorsqu'elle s'est rendue compte que ma raideur n'était plus due à ses seules formes... La pauvre était épuisée par notre petit marathon et avait dormir aux côtés d'un cadavre... Il y a plus doux comme réveil que la vue d'un mec figé par la mort... Je restais là, alors que les ambulanciers et les policiers faisaient leur travail. Puis mon corps fut emmené. Je m'attendais vaguement à le suivre de manière automatique. Hé bien pas du tout. Je restais donc dans mon appartement, me demandant bien ce qui allait arriver maintenant.


Il n'y a pas de mode d'emploi pour les nouveaux morts. Je contemplais mon absence de reflet dans le miroir, je me lamentais sur mon triste sort, rageant de mourir si jeune, de ne pas avoir eu le temps de faire tout ce que je rêvais d'accomplir. Et j'eu le choc de ma vie. Enfin de ma mort. Une voix rauque sortie de nulle part m'apostropha :


- Alors là, on reconnaît bien les mortels, ça repousse tout au lendemain et ensuite ça vient pleurer de pas avoir eu le temps de tout faire.


Je tentais de voir d'où provenait cette vois mais je ne percevais rien. Peu à peu une forme émergea. Une forme que l'on reconnaît tout de suite. La mort. Pardon. La Mort, elle mérite bien une majuscule.


- Salut Samuel. Alors, ça roule?


J'eu une frousse monstrueuse. Je fis même un pipi ectoplasmique de trouille.


- Euh, on se connait?


Gros soupir sous la capuche noir, petit mouvement d'impatience de la faux.


- Bon alors je t'explique. Je vous connais tous, je sait tout de vous, de votre première crotte à votre dernière cuite. JE te connais Samuel, en plus on s'est déjà rencontré quand tu étais gamin. Fais un effort...


ça m'est revenu. La gamelle du siècle. Je devais avoir 8 ans. Un vélo en miette, la tête en sang et la jolie dame aux yeux noirs qui me dit que ça va aller et que c'est pas encore l'heure.

- C'était vous?? La jolie dame??

- Yep gamin, contente de t'avoir plus. J'avais pas la même gueule à l'époque, je fais gaffe avec les mômes, ils sont si impressionnables.


Je fis preuve de mon immense talent de devin.


- Donc je suis mort?!

- Ah ça mon grand c'est pas vraiment un scoop si veux tout savoir.

- Mais euh il se passe quoi maintenant?

- Hé ben tu as le choix. Figure-toi que ça fait quelques siècles que je demande un apprenti au big boss. C?est pas que j'aime pas mon boulot, mais au début je devais gérer nettement moins de monde... Là avec les 9 milliards de mortels, j'arrête plus, je bâcle mon boulot. Et il se trouve que ya pas une heure le grand patron m'a autorisé à former un mortel. Toi.

- Moi?? Mais pourquoi??

- Question de timing. T'es mort au bon moment. Alors ça te tente?

- Ben c'est quoi l'autre option?

- Alors là mon vieux, j'en sais rien. Moi je composte le ticket, je m'occupe pas de la destination. Regarde la chose avec le chef de gare mon pote.

- et heu...

- Pour le trouver t'es obligé de choisir le plan b. Alors?!

- Ok, ok, j'veux bien être votre apprenti, parce que là au moins je sais ce que j'vais faire. ça va durer combien de temps?

- Oh une petite éternité, une éternité et demie, on sait pas trop bien.


Voilà comment je suis devenu apprenti. Je vous raconterais bien la suite mais là c'est vous que je suis venu chercher alors... J'suis désolé hein de vous faire ça devant votre pc, mais dites-vous que ça aurait pu être pire...

27.07.2008

Abandonnée

Bon alors une petite explication pour ce texte là. Je l'avais écrit en pensant à Judas. Vous savez, l'apôtre par qui le malheur est arrivé. En même temps sans ce mec, Jésus n'aurait pas été Jésus. J'ai beau ne pas être croyante, j'espère que Judas ne s'est pas retrouvé en enfer, parce que quelque part, il a fait ce qu'il fallait pour le Grand Barbu. Enfin bref. J'étais partie pour écrire un truc super philosophique et comme d'habitude c'est parti en cacahuète.... uh uh uh

 

Tout ce sang qui ruisselle le long de mes mains, ce sang qui pourtant n'est pas le mien. Comment, quand, quoi, je ne sais plus rien. Juste que je suis là et que je ne comprends pas. Ô Dieux en quoi vous ai-je trahi? Qu'ai-je fais contre vous pour me retrouver ici? J'ai respecté toutes vos volontés, j'ai agi en votre nom, toujours. Je ne vous ai jamais abandonné, je vous ai toujours vénéré, pourquoi me mettre dans cet endroit, quelle est ma faute? J'ai été de tous les combats, de toutes les guerres. J'ai fait coulé le sang des traitres. Est-ce là le paradis promis? Une pièce vide, sans portes ni fenêtres? Et ce sang, ô Dieux, tout ce sang? D'ou vient-il? je ne comprends pas...

Réfléchir, penser, vite et bien. Mon dernier souvenir avant ici, quel est-il? Où étais-je? La grande Babylone, oui je me souviens... Ces rues surchargées de passants, ces êtres qui vomissent vos noms, qui vous trahissent à chaque instant. Oui... je me souviens... Le nom du plus grand traître, ma mission... Tuer, vite et bien, oui... je me souviens... Je me souviens de sa traque, de mon impatience... De ces instants délicieux dans l'attente... De ces heures passées à le pourchasser, ombre parmis les ombres, fantôme parmis les fantômes... Oui... je me souviens... J'entends encore vos voix, qui m'apaisent et me poussent, vos encouragements à ne pas faiblir... Oh oui... je me souviens... De sa tête lorsqu'il m'a vu entrer dans sa maison, de son horreur quand il a compris ce que j'allais faire... De son sang qui jaillissait, des flots de sang qu'il contenait... Oui. Je me souviens. Le sentiment de bien être face à ma tache accomplie. De la jouissance d'avoir pris cette ignoble vie. Mais après... je ne sais plus... je ne sais rien.

 

Dieux ne m'abandonnez pas, j'ai besoin de vous, je veux comprendre, Dieux, ne m'abandonnez pas, je n'ai plus que vous, je suis seule au monde...

 

Oh dieux... Les heures passent et pourtant rien ne change, le sang a séché sur mes mains, et je me souviens... Ce sang... c'est le Sien. Oh Dieux j'ai tué le seul qui pouvait nous libérer!! Vous m'avez trahie, trompée, j'ai tué celui qui allait nous sauver, j'ai tué le messie, votre messie, oh Dieux, pourquoi?? Pourquoi fallait-il cela? Fallait-il m'infliger ce tourment? Tuer votre instrument?

 

Vous me chuchotez que c'était inévitable, qu'il fallait qu'Il meurt pour qu'ensuite Il revienne... Mon nom sera maudit pour l'éternité par l'acte que vous m'avez poussé à faire... Oh dieux, pourquoi? Pourquoi moi? Simple jouet dans une guerre qui me dépasse, j'ai tout fait pour vous et vous m'abandonnez... J'ai trahi votre messie, je l'ai tué et vous me maudissez, vous m'avez abandonnée...

26.07.2008

Enfer

Quand pour moi il sera l'heure

De cesser de vivre, d'arrêter mon coeur

Mon âme quittera la terre et s'envolera

Visiter un étrange décor, surprenant endroit


Le pays de mes rêves oubliés

Des espoirs déçus, à jamais brisés

J'y retrouverai toutes mes peines

Mes colères, mes rages et mes haines


J'y verra ce qu'il y a de pire en moi

Le côté obscur de ma foi

Tous mes défauts y seront dénombrés

Et j'ai confiance, aucun ne sera oublié


J'y apprendrai le mal que l'on a pu dire

Dès que je faisais mine de partir

Je saurai les sentiments cachés

je saurai que je n'étais pas aimée


Mais pour cela nul besoin de trépas

Ma vie y ressemble suffisamment déjà

L'enfer c'est les autres, m'a t’on dit

C'est faux, celui-ci je me le suis construit

24.07.2008

Cours, Martin, cours

Martin court. Il ne fait que ça depuis plusieurs jours. Il court sans regarder où il va, sans destination précise. Il court. Il jette des regards affolés par-dessus son épaule, essayant de repérer où « Il » est. Sous quel déguisement « Il » va apparaître. Martin a peur. Sa vie et son honneur sont en jeu. Il doit vaincre, s’enfuir, se cacher, tenir le plus longtemps possible. Il court à présent dans un bois. Un bosquet plus qu’un bois. Mais suffisamment dense pour le cacher cette nuit. Il ne sait plus depuis quand il court. Il a perdu la notion du temps. Cela lui paraît si long… Et pourtant, il lui semble qu’il n’y a pas si longtemps, il était chez lui, devant sa télé, une bière à la main. Une existence normale en compagnie de sa fiancée. Puis « Il » est arrivé. Ce simple souvenir le fait trembler d’effroi. Non. Ne pas se rappeler. Dormir, oublier, se reposer. Martin s’endort à moitié, sur le qui-vive, prêt à bondir hors de sa cachette au moindre bruit suspect. Il passe une nuit agitée, sursautant au plus petit grattement de souris, le cœur cognant si fort qu’il le sent sur le point de jaillir hors de sa poitrine. Il part à l’aube pour trouver une fontaine où boire un peu. De petits animaux prennent la fuite en le voyant arriver, il ne fait rien pour les arrêter. Il s’accroupit au bord d’un petit lac et se désaltère. Il en profite pour faire une toilette sommaire. Soudainement, il « l’ » aperçoit de l’autre côté du lac. « Il » ne l’a pas remarqué. Martin décide de ne pas bouger et de se camoufler dans une haie. « Il » s’approche, accompagné d’un de ses sbires.



- Surveille bien le périmètre, il ne peut pas être très loin.

- Bien patron. Et lorsqu’on l’aura retrouvé ?

- Vous me l’amènerez. Il aura droit à un traitement spécial.

- Bien patron.


Martin ruisselle sous l’effet de la peur. Sa sueur salée lui pique les yeux, sa vue se brouille. Le Diable sait qu’il est ici. Jusqu’à maintenant il avait réussi à le tenir éloigné, grâce aux prières et aux rituels, mais le Malin finirait bien par le retrouver. A moins qu’il ne parvienne à le semer. Ses chances sont minces, mais pas inexistantes. Il parviendrait à s’enfuir. Dieu l’aiderait. Il le sait. Il se tasse dans sa cachette et entreprend un rituel d’éloignement. Le Diable s’éloigne, suivi de ses démons. Encore une preuve du don que lui a offert Dieu. Martin se sait différent depuis son plus jeune âge. En fait, c’est sa mère surtout qui le lui a fait comprendre. Le jour de son septième anniversaire, sa mère lui a révélé le grand secret de sa naissance. Il était un petit garçon particulier, il serait un homme exceptionnel. Si exceptionnel que de mauvaises personnes voudraient lui faire du mal. Il avait un grand pouvoir et ce pouvoir ne devait pas tomber entre les mains des méchantes personnes. Et si il n’avait pas de papa comme les autres petits garçons, c’est que son père s’était sacrifié, pour que lui, Martin, survive. Il avait grandit ainsi, partagé entre son univers de petit garçon et son immense pouvoir en devenir.

Ils déménageaient souvent, poursuivi par les êtres mauvais. Il fut un enfant puis un adolescent solitaire. Parfois il rêvait qu’il n’avait pas de pouvoir, que son père fût toujours vivant et lui apprenait à jouer au foot. Que sa maman le laissait jouer avec les autres enfants. En général il s’en voulait terriblement de penser ça. Tout le monde n’avait pas sa chance. Ils avaient fini par s’installer dans une petite ville où il travaillait comme comptable. Sa mère habitait dans un studio contigu au sien et continuait de s’occuper de lui. Il vivait normalement.
Puis sa mère mourut d’une attaque cérébrale. Peu après, le Diable avait commencé à le poursuivre. Les événements étaient flous dans sa mémoire. Il se souvient qu’il avait fait quelque chose de terrible pour s’en sortir, mais il n’arrivait pas à se souvenir quoi.
Martin a faim. Il scrute les alentours et ne voit personne. Il sort de sa cachette et recommence à courir. Il parvient à un grand bâtiment d’où s’échappe une délicieuse odeur. Il s’en approche à pas feutré et s’y introduit. Il découvre une montagne de nourriture. Il se jette dessus, remplis ses poches de pain et de viande. Il mange à n’en plus pouvoir et sort du bâtiment. Où il est réceptionné par le Diable et ses sbires. Il hurle, tente de se dégager, implore Dieu et sa mère de lui venir en aide. Cela ne peut pas se terminer ainsi. Non ! Il supplie qu’on le laisse, puis sombre dans l’inconscience. Un des hommes qui le tient se tourne vers le diable.

- Patron, on l’amène où ?

- Au pavillon. Et je suis docteur, alors cessez de m’appeler patron tout le temps.

- Bien Patron.


Le docteur Jean Beldamo pousse un long soupir et secoue tristement la tête en regardant Martin s’éloigner. Un jeune homme s’approche de lui et regarde également Martin.


- Qui lui est-il arrivé au juste ?

- Oh… c’est une longue histoire. Sa mère était atteinte dans sa santé mentale. Une maladie peu commune que l’on a appelée syndrome de la vierge marie. Elle était complètement folle de son gamin et lui a fait croire qu’il était le nouveau messie.


- Et le père ?

- C’est sordide. Elle l’a tué dans un accès de démence, Crucifié pour être exact. Elle a fait croire à son fils que ce sont les méchants qui ont fait ça à son père, qu’il s’était sacrifié pour lui.

- Wow. Et il a atterrit chez nous comment ?

- Sa mère est morte et lorsqu’il est allé déclarer le décès à l’état civil, ils ont découvert qui elle était. Et lui également. Il n’a pas supporté et a été emmené chez nous pour qu’il se remette. Il a réussi par je ne sais quel miracle à s’enfuir, tuant un gardien au passage. Il s’est réfugié dans l’univers que sa mère avait créé pour lui. Dans cet univers, je suis le diable.


- Et bien… On va avoir du boulot… Je vous laisse docteur, j’ai fini ma journée.

- Au revoir mon petit.


Le docteur s’approche du lac et s’accroupit au bord de l’eau. « Dans son univers, je suis le diable… » Murmure-t-il… « Mais je le suis dans d’autres également » dit-il en laissant apparaître une dentition pour le moins pointue… « Je dirais même que je suis le diable dans tous les univers… Oh Martin, délicieux messie, court encore, court encore pour moi… »





23.07.2008

Courir

Pas le temps, vite courir, me cacher, ne pas mourir, ne pas penser à mourir, courir,vite et loin, courir, sauver ma vie, sauver mon âme, sauver ce qui peut encore l'être mais courir, courir jusqu'à oublier pourquoi je cours, alors peut-être je serai en sécurité. Les ombres sont derrières moi, les nuées ténébreuses, le brouillard noir qui avale tout. Je n'ai pas le temps de m'arrêter, pas le temps d'écouter les cris et les supplications, pas le temps de m'apitoyer, pas le temps d'espérer. Je dois courir, encore et encore... Si je réussis alors ils seront sauvés aussi, mais je ne dois pas m'arrêter, pas encore... Filer plus vite que le vent, mettre le plus de distance possible entre moi et l'horreur, ne pas m'arrêter, ne pas y songer sinon tout sera perdu.

Je me souviens du temps ou marcher était normal, ou courir était pour le plaisir, aujourd'hui je cours pour ma vie, pour leur vie. Pour les gens que j'aime, pour ceux que je déteste, je cours pour le monde et c'est tant pour une seule personne... Le ciel n'ose plus révéler les étoiles mortes à nos yeux, il se voile chaque nuit, le jour le ciel a honte de nous regarder et se pare de nuage... Cela fait tant de temps que je n'ai vu briller la lune ou le soleil... On sait qu'il fait jour parce que l'on distingue un peu mieux les tons de gris qui nous entourent mais il ne fera plus jamais jour... jusqu'au jour ou je pourrai arrêter de courir. Les cris sont de plus en plus terribles de plus en plus désespérés, les pleurs et les râles sont la seule musique que j'entende, il n'y a plus rien d'autre que le malheur... Mais je dois continuer malgré, courir, toujours, courir plus loin, plus fort...


Je me souviens d'avant quand les arbres n'étaient pas morts, quand l'eau n'était pas noire et puante, quand l'air sentait bon et pas le cadavre en putréfaction, je me souviens d'avoir ri et d'avoir aimé, aujourd'hui je ne sais plus ce que cela veut dire, je n'ai que des souvenirs qui s'effacent à mesure que le temps passe. Bientôt je ne me souviendrai plus pourquoi je cours et je m'arrêterai et alors tout sera terminé, il n'y aura plus d'espoir... L'ombre me rattrape jour après jour, nuit après nuit, bientôt je la sentirai me frôler et il ne me restera que la terreur. Il n'y aura plus que la peur... Et je mourrai.....


Non ne pas y penser, ne pas oublier, tenir et courir. Si je parviens à la montagne du Bout du Monde, que les dieux m'entendent je sauverai ce monde, je sauverai les gens, les arbres et les bêtes, si je cours vite et loin on pourra à nouveau espérer pour demain, on pourra à nouveau rire et chanter, regarder le soleil et la lune, sentir la caresse d'un vent iodé... Courir pour les gens que j'aime, pour les gens que je hais, pour les choses bonnes et mauvaises de mon monde parce que c'est ainsi qu'il est mien. Mon souffle se perd, mes jambes se dérobent, mais je dois tenir, continuer quoiqu'il advienne, quoi qu'il se passe, ne pas s'arrêter.... La au lointain, je sais qu'il y a la montagne, je dois courir, je n 'ai pas le temps...


Pas le temps, vite courir, ne pas mourir, ne pas penser à mourir, courir,vite et loin, courir, sauver ma vie, sauver mon âme, sauver ce qui peut encore l'être mais courir, courir jusqu'à oublier pourquoi je cours, alors peut-être je serai en sécurité. Les ombres sont derrières moi, les nuées ténébreuses, le brouillard noir qui avale tout. Je n'ai pas le temps de m'arrêter, pas le temps d'écouter les cris et les supplications, pas le temps de m'apitoyer, pas le temps d'espérer. Je dois courir, encore et encore... Si je réussis alors ils seront sauvés aussi, mais je ne dois pas m'arrêter, pas encore... Filer plus vite que le vent, mettre le plus de distance possible entre moi et l'horreur, ne pas m'arrêter, ne pas y songer sinon tout sera perdu.

22.07.2008

Le Rite de Rache



Le cercle de pierre était silencieux. Le vent osait à peine souffler entre les rocs dressés. Même le soleil semblait y briller moins fort. Un cerf s’approcha, lentement, majestueusement. Il entra dans le sanctuaire et l’air se mit à frémir autour de lui. Les oiseaux cessèrent de chanter, la vie sembla s’arrêter dans la forêt toute proche. Puis comme ils s’étaient tus, les oiseaux reprirent leurs chants. Au centre du cercle se tenait à présent un homme d’une haute stature, vêtu de cuir brun. Il resta ainsi quelques instants, droit, le regard tourné vers les montagnes jumelles. Ses yeux couleur de miel étaient empreints de tristesse. Sa voix s’éleva, douce, chaude et mélancolique.

- Oh Namia, ma douce Namia… une fois encore je dois t’éveiller de ton sommeil… Pourras-tu jamais me le pardonner ? Moi qui ne sors du Long Rêve que pour être l’instrument de ta peine ?

Il sortit du cercle et marcha, sans hésitation, en direction des montagnes. Il lui fallut plusieurs jours de marche avant d’arriver au but de son voyage. Le Tombeau. Un antique monument qui avait été construit des milliers d’années auparavant, du temps des deux lunes, lorsque les Dieux vivaient encore sur la terre. Cet endroit restait caché à qui ne savait le voir. Et peu d’être humain était capable de Voir. Aussi fut-il étonné d’y trouver un vieil homme. Ce dernier tourna la tête vers lui et soupira.

- Le Messager arrivera, porteur de la volonté des Dieux. La Guerrière il réveillera et son destin à nouveau elle accomplira. Jusqu’à ce que le prix du sang soit payé, jusqu’à ce que la faute soit rachetée.

- Qui es-tu vieil homme, pour me connaître et connaître la Prophétie ?

- Je suis ce qui reste d’un rêve. Il y a de nombreuses années on me confia une mission. Faire revenir la Guerrière, au nom du Royaume qui se mourait sous la main d’un roi fou. Aujourd’hui je ne suis plus que l’ombre de l’espoir d’un peuple mort d’avoir trop attendu. Je n’étais que le fou du roi, un saltimbanque, un bavard aimant le rire et les chants… Mais je savais Voir, je comprenais l’ancien monde. Cela ne fut pas suffisant. J’ai tout essayé… J’ai mis des mois à traduire les inscriptions gravées sur le tombeau… Mais je n’ai pas pu la réveiller

- Je suis le seul à pouvoir le faire. Là est mon châtiment.

- Mais comment et pourquoi ? Je n’ai jamais su la raison à tout cela. Combleras-tu les derniers désirs d’un vieillard en lui racontant cette histoire ?

- Je ne peux la réveiller avant la nuit. Aussi ai-je le temps de conter notre histoire. Et peut-être qu’ainsi le monde se souviendra de nous… oui, vieil homme, je vais te parler. Mais il faudra me promettre de répéter mes mots, afin que nous ne tombions plus dans l’oubli.

Le vieil homme promit. Les deux hommes s’assirent sur les marches menant au tombeau

« Notre histoire remonte à l’époque où les Dieux arpentaient encore le monde. Ils apparaissaient au grès de leurs envies, parfois sous leur forme divine, parfois sous l’apparence d’un homme normal. Je vivais dans le palais du Roi, Kaer l’Indomptable. J’étais alors un jeune homme érudit, partageant ma vie entre l’étude et la pratique de la Magie. Nous vivions à une époque troublée. Maints royaumes se partageaient les terres fertiles de notre monde. Nous avions chacun ce dont nous avions besoin. Eau, terre, métaux, pierres… Mais la cupidité de certains rois était grande et leur soif de pouvoir plus encore. Aussi d’affreuses guerres ravagèrent les royaumes. Kaer n’était pas le moins empressé à s’approprier de nouveaux territoires. Son peuple le suivait, car tel était son devoir. Kaer dirigeait son royaume d’une main de fer, n’acceptant aucune remarque, aucun conseil. Lorsqu’il décidait, nous devions obéir. Un jour il me fit appeler dans la salle du trône. C’était un événement tellement rare que je fus pris d’un étrange sentiment de panique, comme la prescience de ce qui allait suivre. Je m’y rendis, le cœur voilé par de sombres nuages. C’était un homme âgé mais athlétique. Tout en lui respirait la force et le pouvoir. Je me souviens encore de tous les détails. Il était debout devant une large table, les reliefs de son repas jonchaient le sol. Ses chiens rongeaient quelques os dans un coin de la pièce, un serviteur ramassait les feuilles de laitues qu’il avait manifestement dédaignées. Son altesse n’aimait que la viande. On disait de lui qu’il était un loup déguisé en humain, qu’il ne mangeait que de la chair crue. On disait aussi que d’un geste de la main il pouvait réduire un homme au silence, définitivement. Je m’approchais de lui, prenant soin de faire le moins de bruit possible. Lorsqu’il leva la tête de la carte qu’il observait, je vis une étrange lueur dans ses yeux.

- Te voilà, Mage. N’es-tu pas un peu jeune pour servir les Déesses Changeantes ?

- Je ne saurais le dire, Majesté. Il ne m’est pas donné d’émettre un avis. Juste de suivre les commandements de mon ordre et de mon Roi.

- Voilà une bonne réponse, Mage. J’ai besoin de toi. Et écoute-moi. Lorsque j’aurais fini tu feras exactement ce que je t’ai dit. Mais d’abord, j’ai une question. Le Roi est-il divin ?

Je restais quelques secondes interloqué. Je ne savais comment répondre. Lorsque je le vis porter la main à son sabre je fus pris de panique. Il sourit, mais de ces sourires qui font plus peur encore.

- Hé bien Mage, réponds ! Les Rois ne sont-ils pas les représentants des Dieux auprès des Hommes ?

- En effet Majesté. Selon l’enseignement de mon ordre, le roi est investi de son pouvoir par les Dieux.

- Donc il ne peut être châtié par ces même Dieux ?

- Pas dans cette vie, non. Il sera jugé lorsqu’il se présentera aux portes de saphir.

- Pourrait-il être envoyé dans le bas monde ?

- Oui.

- Y a-t-il un moyen de l’éviter ?

- Oui.

Et je le lui révélais.

- Bien. Alors écoute-moi…

Je l’écoutais. Et plus il parlait, plus je sentais l’horreur m’envahir. Lorsqu’il eut fini, il me renvoya d’un geste et repris sa contemplation des cartes. Je sortis avec lenteur, comme drogué. Mes jambes me portaient à peine. Je partis dans ma tour, afin de préparer ce que le roi m’avait demandé. Le lendemain je revins vers lui, harassé par les longues heures de travail, l’esprit fiévreux. Il se tenait sur son trône, dans ses habits d’apparat. A ses côtés se tenait la plus belle créature que les Déesses Changeantes aient pu créer. Sa fille, la princesse Namia, vêtue d’une robe aux couleurs des Lunes, blanche et argentée, me regardait avec gravité de ses beaux yeux bleus. Son visage intelligent et doux était encadré par les longues mèches de ses cheveux noirs de nuit. Le roi se leva devant la cour réunie et me fit signe d’avancer.

- Aujourd’hui est un grand jour. Grâce aux pouvoirs que nos Lunes, les Déesses Changeantes, ont offert à cet homme nous viendrons à bout de nos ennemis. Mais avant que je ne puisse partir au combat, célébrons ensemble notre future victoire selon les rites sacrés.

Sous les vivats et les cris de joie démarra alors la pire des choses que j’ai eu à faire. C’était là une coutume qui nous venait d’un âge reculé, si loin dans notre passé que peu s’en souvenait encore. Le rituel de Rache. Le roi se leva et prit la main de sa fille. Il lui transmit son sceptre, comme le réclamait la coutume lorsque le roi partait en guerre. Il me fit un geste de la tête, m’enjoignant de commencer. Ma voix trembla durant toute la durée du rite. Parfois même les sons ne voulaient pas sortir de ma gorge. Mais par un effort surhumain et malgré le dégoût que je m’inspirais, je parvins à accomplir ma tâche. Puis je me réfugiais dans le sanctuaire de mon ordre, sanglotant et priant les Déesses de me pardonner. La nuit tomba sur moi sans que je m’en aperçoive. Un mince rayon de lune frappa la statue de bronze symbolisant nos Lunes et me fit lever la tête. Une vieille femme se tenait devant moi, le regard emplis d’une tristesse incommensurable.

- Fils, ta faute est grande et ta responsabilité immense. Un jour tu devras payer le prix.

Et elle disparut. Je compris que j’avais rencontré l’une de nos Déesses. Je crus devenir fou. Je le devins un certain temps d’ailleurs. Mes frères mages m’emmenèrent dans ma chambre, que je ne quittais que de longues semaines plus tard. Lorsque je fus en état de marcher, je me rendis au palais où je découvris le roi, le regard dément, l’écume aux lèvres, gémissant et s’arrachant les cheveux. Il était agenouillé devant le corps de sa fille. Celle-ci semblait hors du temps. Ni morte ni vivante.

- Il est temps pour toi de payer le prix, fils.

Je me retournais et découvrit les Déesses.

- Le jugement des Dieux a été rendu. Par le rite de Rache tu as offert le rachat des fautes du père par l’enfant. Tu as condamné l’enfant à payer le prix du sang versé par le père. Aussi nous te maudissons et te condamnons à partager la peine de cette pauvre enfant. C’est grâce à ta magie que le père a pu massacrer toutes les femmes en âge d’être mère. Tu as bloqué le Temps l’espace d’une nuit, ce qui lui a permit de se rendre dans tous les royaumes et de mener à bien ses crimes. Tu lui as offert la chance de ne pas être jugé par les Dieux. Tu as fais condamner sa fille à sa place.

- Namia est condamnée à revenir sur ces terres, combattre pour les innocentes et les innocents, jusqu’à ce qu’elle ai sauvé autant de femmes et d’enfants qu’il fut tué durant cette nuit maudite. Tu es condamné à venir l’éveiller pour la mener au combat. Tu devras te battre à ses côtés, sans magie, sans pouvoir, sans rien. Et tu mourras par le fil de son épée, à l’instant où tu la tueras également. A présent va, et construit le Tombeau qui recevra le corps de cette pauvre créature.


L’homme se tut. Le vieillard posa sa main sur son bras et le serra brièvement.

- Je construisis ce tombeau, y mettant tout mon amour et toute ma peine. J’y plaçais le corps de Namia et attendis, de longues années, que la mort vienne me prendre. Et à chacun de mes réveils je devais venir ici, sortir ma douce Namia de son sommeil damné. A chaque fois je devais l’accompagner dans ses combats, à chaque fois, sentant la victoire proche pour ceux pour qui nous étions là, nous devions nous entretuer. Nous sommes revenus tant et tant de fois. Avec à chaque fois l’espoir que c’était notre dernier combat. Et à chaque je me réveillais. Au fil du temps nous avons vu le monde changer. Nous avons vu l’une des Lunes disparaître, mais nous sommes toujours là. Tant que le prix du sang ne sera pas payé. Voilà notre histoire, noble vieillard. Voilà notre histoire.

Il se leva et posa la main sur un globe de marbre. De longues minutes s’écoulèrent et enfin les portes du tombeau s’ouvrirent. Namia fit son apparition, toujours aussi belle. Le regard un peu plus triste et le sourire un peu plus désespéré. Pourtant son regard s’éclaira à la vue de l’homme.

- Toi et moi, mon amour. Toi et moi encore une fois. Puisse ce combat être le dernier et la Déesse enfin nous pardonner.






21.07.2008

Du coin de l'oeil

Vous n'avez jamais eu cette drôle d'impression que parfois... hé bien parfois quelque chose, un truc, un machin, un bidule, n'importe quoi en fait, mais un quelque chose était... bizarre... pas à sa place et pourtant tout à fait présent? Ce drôle de sentiment franchement indéfinissable que nom de nom, ya un truc qui colle pas... Vous savez, ces choses que l'on voit du coin de l'oeil, quand on regarde pour voir ce que c'est pfuit plus rien... Et pourtant vous pourriez vendre votre mère que si, si je vous assure, il y avait quelque chose juste là, un truc qui est passé, je vous le promets, je l'ai vu!! Mais à peine la tête tournée, rien d'étrange ni de particulier, hormis votre banal quotidien... Je tiens à vous rassurer, ce n'est pas vous qui avez un problème... Il y avait effectivement quelque chose. Un quelque chose de très bien défini mais qui passe votre existence à faire comme si il n'existait pas, àvos yeux du moins.
Il n'a pas de nom, mais il est toujours l
à. Partout et nulle part, vous le sentez sans le voir. Il ne veut pas que vous le remarquiez, et si par hasard vous le voyez en face, alors vous passez le reste de votre vie àfaire comme si cela n'avait jamais existé. Parce que c'est trop énorme, trop fou, trop dingue. Parce que la normalité ambiante ne permettrait pas que ce soit vrai. Comme le dirait Mulder, nous ne sommes pas seul, mais nous ignorons encore ce qui nous accompagne. Ami, ennemi, aucune idée, mais c'est là, ça nous regarde, ça nous observe, ce n'est jamais loin, toujours trop proche. Parfois ça laisse des traces, on ne les comprend pas, on tente d'en percevoir le sens, de le mettre dans une case bien définie, d'y coller une bon dieu d'étiquette, parce que c'est connu, si on ne classifie pas tout, alors on perd tous nos repères...

H
é bien j'ai une grande nouvelle pour vous les gens.... C'est fait exprès. Ça  nous pousse à voir autrement, àtenter de regarder le monde avec d'autres yeux que ceux qu'on nous impose. A votre avis, d'où nous viennent les grandes découvertes?


Rigueur scientifique... Aussi... Mais les grands traits de g
énies, ces instant miraculeux ou soudain tout semble avoir une signification, ou la lumière se fait, claire, nette, précise, ces moments ou tout est évident... Ce n'est pas le hasard... Ce n'est pas une erreur, pas un accident, une coïncidence... Les intuitions n'en sont pas... On nous aide... On nous pousse... Toujours plus loin, toujours plus haut. Quelque chose, je ne sais pas quoi, mais quelque chose est là. Et nous veille... Et ça n'a pas l'air de vouloir nous lâcher. Pensez-y la prochaine fois que vous verrez ce quelque chose du coin de l'oeil... Et dites-vous que peut-être grâce à ça vous découvrirez une chose qui changera le monde... Ou juste votre monde...

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